Le paysage automobile mondial vit une transformation silencieuse mais profonde. Après des décennies de domination occidentale et japonaise, une nouvelle vague déferle sur le secteur : celle des constructeurs chinois de véhicules électriques. Des marques comme BYD, NIO, XPeng ou encore Leapmotor s’imposent désormais comme des acteurs incontournables, non seulement sur leur marché national, mais aussi à l’international. En Europe, leur percée marque un tournant stratégique, et la Suisse n’échappe pas à cette tendance : la marque BYD est désormais disponible sur le territoire helvétique, avec une offre de véhicules séduisants et adaptés aux besoins locaux. Ce bouleversement repose sur plusieurs forces clés. D’une part, les constructeurs chinois maîtrisent l’ensemble de la chaîne de production, des batteries aux logiciels embarqués, en passant par les composants électroniques. Cette intégration verticale leur permet d’innover rapidement tout en maintenant des coûts de production bas. Résultat : ils proposent des véhicules électriques (VE) à la fois compétitifs, bien équipés et performants. D’autre part, leur stratégie de développement international est particulièrement agressive : ils misent sur des modèles compacts, esthétiques et bien positionnés en termes de prix, ciblant un public de plus en plus large.
Parmi les exemples les plus emblématiques, la BYD Dolphin, compacte et abordable, ou encore la NIO ET5, berline technologique aux allures premium, illustrent parfaitement cette nouvelle ère. Ces véhicules affichent des autonomies souvent supérieures à 400 kilomètres et intègrent des technologies avancées comme l’assistance à la conduite, la connectivité intelligente ou encore, dans certains cas, le système d’échange de batteries, qui permet de remplacer une batterie vide en quelques minutes, au lieu de passer par une recharge classique. Ces innovations pourraient bien être le levier décisif pour accélérer l’adoption des voitures électriques en Europe, encore freinée par plusieurs obstacles majeurs. Le prix des véhicules reste souvent dissuasif pour de nombreux ménages, et les préoccupations autour de l’autonomie et de la recharge sont toujours présentes. C’est précisément sur ces points que les constructeurs chinois veulent faire la différence. Mais si la révolution est bien en marche, elle reste tributaire d’un facteur essentiel : les infrastructures de recharge. Malgré les progrès réalisés, l’Europe accuse encore un sérieux retard dans ce domaine. Dans les grandes villes, les bornes publiques sont trop peu nombreuses, souvent mal réparties et parfois indisponibles ou hors service. Les citadins, notamment les locataires sans accès à une place de stationnement privée, peinent à adopter le véhicule électrique dans ces conditions.
À l’échelle suisse, des efforts sont en cours : plusieurs projets visent à étendre le réseau de bornes rapides sur les grands axes routiers, notamment sur les autoroutes et dans les parkings publics. Certaines villes explorent également des solutions innovantes, comme les bornes intégrées aux lampadaires ou les stations mobiles de recharge, mais le rythme reste encore en deçà des besoins croissants. Les entreprises privées s’impliquent aussi. Les chaînes de supermarchés, les hôtels ou les centres commerciaux installent progressivement des bornes accessibles à leurs clients. Dans le secteur résidentiel, les régies immobilières commencent à anticiper les demandes en intégrant des solutions de recharge dans les immeubles neufs. Toutefois, ces initiatives, bien que prometteuses, restent encore trop ponctuelles pour impulser un changement massif.
Au-delà des aspects techniques, c’est toute une culture de la mobilité qui doit évoluer. Passer de l’essence à l’électrique implique d’adopter de nouveaux réflexes : planifier ses trajets en fonction des points de recharge, s’adapter à des temps d’attente plus longs (même si ceux-ci diminuent avec les bornes ultra-rapides), ou encore intégrer le coût de l’électricité dans ses calculs de rentabilité. C’est un changement de paradigme qui demande du temps, de l’accompagnement et surtout des infrastructures fiables. L’arrivée des marques chinoises pourrait donc bien jouer un rôle catalyseur. Leur capacité à produire à grande échelle et à démocratiser l’accès aux VE constitue une opportunité unique pour accélérer la transition énergétique en Europe. En rendant l’électrique plus accessible, elles poussent aussi les constructeurs traditionnels à revoir leurs offres et à innover plus vite. Mais cette dynamique ne pourra pleinement s’exprimer que si les États, les collectivités et les acteurs privés s’engagent résolument dans le développement des infrastructures de recharge. La voiture électrique chinoise est prête. Reste à savoir si l’Europe — et la Suisse — sont prêtes à l’accueillir comme il se doit.
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